Éduquer, c’est engendrer à la liberté

Extraits d’une conférence d’Anne Coffinier, directeur général de la Fondation pour l’école, sur le thème de la liberté scolaire.

anne coffinier

Le combat pour la liberté scolaire est un combat pour la démocratie

 » La liberté d’enseignement (comprise comme la  liberté  des parents de choisir l’école de leurs enfants ainsi que la liberté des professeurs d’enseigner les enfants selon leur conscience)  est cruciale pour l’avenir de notre société. Plus qu’on ne le croit souvent.  Sans elle, les libertés politiques fondamentales (à commencer par les libertés d’opinion, d’expression, de conscience, de religion, d’association, d’initiative) demeurent tristement formelles : en effet, à quoi bon être libres par exemple de se forger et d’exprimer ses propres idées politiques, de choisir son parti ou son  journal, si l’on n’est pas libres d’éduquer ses enfants selon sa conscience, de les rendre héritiers de ce que l’on tient pour vrai et qui nous fait vivre, bref de « rendre témoignage à la vérité » ? De même, si les esprits sont formés « dans le même moule de l’école unique », sur quelle pluralité d’idées  et de convictions la vie démocratique pourrait-elle bien se  fonder ?  On voit donc que la  liberté d’enseignement constitue en fait la condition sine qua non d’une démocratie véritable.  

Bien qu’elle soit affirmée sans ambiguïté par le droit international, cette liberté d’enseignement est rognée sans cesse sur le terrain.  Dans tous les pays où le libre choix n’est pas financé par l’Etat (lequel préfère organiser la gratuité des écoles publiques et la rareté et la cherté des écoles libres), le libre choix demeure le privilège d’une minorité.  C’est contraire à l’égalité des citoyens, c’est contraire à l’égalité des chances ; c’est injuste  car les parents des écoles libres paient des impôts  et font  réaliser par leur choix du privé d’importantes économies au budget de l’Etat .  C’est donc l’Etat qui décide  délibérément  de pénaliser les familles qui optent pour la liberté scolaire, ce droit constitutionnel que l’Etat est pourtant supposé garantir. Par sa politique discriminatoire, l’Etat empêche les populations ayant de faibles moyens financiers de jouir du libre choix et donc, en pratique à notre époque, d’accéder aux meilleures écoles. Il est important de souligner cette responsabilité de l’Etat dans l’injustice scolaire et par conséquent de cesser d’en tenir pour responsables les écoles libres.

   Alors que le droit international classique  – désireux de prévenir l’apparition de nouvelles barbaries totalitaires –affirme que la famille est la cellule fondamentale de la société et qu’elle est la principale éducatrice et responsable des enfants, l’Etat soutient qu’il est en réalité le mieux à même de servir l’intérêt de  l’enfant.  Le prétexte varie selon les époques : lutte contre les préjugés sexistes, contre l’obscurantisme religieux, contre les dérives sectaires ou contre la reproduction sociale… Dans tous les cas, l’Etat instrumentalise à l’envi des dérives ultraminoritaires – se pose en protecteur de l’enfant face à sa famille.  Il ne ressent nul trouble à se poser en juge et partie, oubliant qu’il est un pouvoir lui-même, structurellement aux ordres de l’idéologie dominante. Lui qui échoue à maintenir des écoles de qualité en France se fait juge de la qualité et du droit à l’existence des écoles libres qui font concurrence à son réseau public.  

Dans ce contexte, il nous semble que le renforcement de la liberté scolaire est une action de défense de la liberté de la société, de l’avenir de la démocratie. Renforcer la conscience de l’importance de la liberté d’enseignement chez les parents comme chez les professeurs est dans cette circonstance une priorité. Obtenir un financement public du libre choix (voucher) pour faire de la liberté non pas le privilège  menacé d’une minorité de privilégiés mais le bien de tous est une action politique qui s’impose.  «

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