Transformation annoncée pour la Maternelle

maternelle ecla annecyLe Conseil Supérieur des Programmes, mis en place ce 10 octobre dernier par Vincent Peillon, s’attaquera en priorité aux nouveaux programmes de maternelle. Entrée en vigueur prévue dès septembre 2014.

Les élèves de l’école maternelle seront les premiers à vivre la réforme des programmes par Vincent Peillon. Le ministre de l’éducation, qui installait le 10 octobre le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a annoncé cette priorité. «La première échéance concerne les nouveaux programmes de l’école maternelle, dont je souhaite l’application à tous les niveaux du cycle des apprentissages premiers dès la prochaine rentrée scolaire 2014-2015». 
Depuis son arrivée rue de Grenelle, Vincent Peillon l’a maintes fois répété: l’école maternelle doit redevenir une école à part entière, non une préparation à l’école élémentaire. Des déclarations accompagnées de mesures concrètes puisque, conformément à la loi sur la refondation de l’école votée à l’été, le décret du 24 juillet 2013 redéfinit les cycles d’enseignement de l’école primaire au collège en ce sens : la maternelle constitue ainsi un cycle unique des «apprentissages premiers», alors qu’auparavant, le cycle 2 couvrait la grande section et le CP, la maternelle apparaissant de cette façon clairement comme un «petit CP». Ce cycle des «apprentissages fondamentaux» ira désormais du CP au CE2. Cette redéfinition des cycles entrera en vigueur à la rentrée 2014, date à laquelle les programmes de maternelles auront donc été préalablement revus.

«Une bonne chose», selon Jean-Louis Auduc, ancien directeur d’IUFM, qui déplore cette tendance à considérer «l’enfant» avec le même regard entre 3 et 16 ans… Il en veut pour preuve une réforme des rythmes scolaires qui, en passant à côté des spécificités de la tranche d’âge 3-5 ans, se révèle inadaptée à la maternelle. «La maternelle marque le passage du bébé à l’enfant, de la famille à la socialisation. La scolarisation, elle, est censée intervenir à l’entrée au CP. Dans le système actuel, elle apparaît dès la grande section», poursuit-il. Est-ce à dire que les nouveaux programmes seront moins exigeants en termes d’apprentissage ? «Je pense qu’il est fondamental, à l’issue de la maternelle, de connaître les lettres, de reconnaître son nom, mais cela ne signifie pas savoir lire et écrire», explique-t-il, insistant davantage sur la construction de l’autonomie à travers «la découverte de l’autre, la maîtrise du temps et de l’espace».

«L’école maternelle ne doit pas être une garderie»

«Il faut prendre garde à ne pas revenir 40 ans en arrière», observe de son côté Joëlle Houziaux, ancienne vice-présidente du SNE (Syndicat national des écoles), qui a fait toute sa carrière en maternelle. Elle a encore en tête ces années 70, où arts plastiques et activités d’éveil ont envahi l’école maternelle, pour laisser toute sa place au jeu. En 1989, avec l’instauration par la loi Jospin de cycles, écoles maternelle et élémentaire se sont ensuite rapprochées, via la grande section de maternelle. Progressivement, au fil des programmes revus, en 2002, puis en 2008 avec Xavier Darcos, l’école maternelle s’est recentrée sur les «apprentissages fondamentaux», la lecture et le calcul, mais aussi le langage et l’expression orale, bases de l’apprentissage de la lecture. Compter jusqu’à 30, savoir écrire son prénom et quelques mots en écriture cursive, reconnaître les lettres… Tels sont les notions que l’élève se doit de maîtriser à l’issue de la maternelle. «. L’école maternelle ne doit pas être une préparation à l’école primaire. Elle ne doit pas être non plus une garderie», conclut Joëlle Houziaux évoquant l’affrontement classique sur ce terrain entre les pédagogistes et les républicains. «Malheureusement, nous en sommes toujours là…»

Le Conseil supérieur de l’éducation s’attaque aux questions pédagogiques

Parallèlement à la maternelle, le Conseil Supérieur de l’Éducation est appelé à travailler cette année sur la définition du «socle commun de connaissances, de compétences et de culture» -que tout élève se doit de maîtriser à l’issue du collège- et à la rédaction des programmes de l’école élémentaire et du collège. La mise en œuvre de ces programmes interviendra à la rentrée de l’année scolaire 2015-2016. Il devra également plancher sur la conception du programme d’enseignement moral et civique de l’école au lycée.

Instance qui se veut «indépendante», le CSP sera présidé comme annoncé par Alain Boissinot, haut fonctionnaire docteur en littérature, ancien directeur de cabinet de Luc Ferry, de 2002 à 2004. Il est composé de 18 membres, parmi lesquelles 10 experts désignés par le ministre, et 8 parlementaires : trois députés -Luc Belot (PS), Sandrine Doucet (PS) et Annie Genevard (UMP)-, trois sénateurs -Marie-Christine Blandin (EELV), Jacques Legendre (UMP) et Jacques-Bernard Magner (PS) et deux membres du conseil économique, social et environnemental. Quelle sera l’indépendance effective de cette nouvelle instance ? Quel sera le poids des conservateurs et des réformistes? Autant de questions augurant d’affrontements. Car le CSP va enfin s’attaquer aux questions pédagogiques.

Par Caroline Beyer

Post Tagged with

Comments are closed.